Que faire des pommes pourries au pied des pommiers : les bons gestes pour votre verger

Mi-septembre, j’ai compté 63 pommes au sol sous un seul Reine des reinettes de 12 ans. Trois jours plus tard, la moitié portait des taches de moisissure et une colonie de guêpes s’était installée sous la ramure.
- Ramassez les pommes tombées tous les 2 à 3 jours, de la fin de l'été jusqu'en novembre. Jetez les fruits momifiés ou couverts de cercles blancs, jamais au compost. Retirez 2 cm de chair autour d'une meurtrissure avant de cuisiner une pomme abîmée. Comptez 1,5 kg de pommes saines pour obtenir 1 litre de jus.
Bonne nouvelle, la plupart de ces fruits tombés se récupèrent. Il suffit de les trier vite, en 5 à 10 secondes par pomme, puis de leur trouver la bonne destination.
| État de la pomme | Comment la reconnaître | Destination | Délai |
|---|---|---|---|
| Ferme et intacte | Peau lisse, aucun trou | À croquer, tarte, jus | Sous 5 jours |
| Meurtrie ou piquée | Tache brune de moins de 3 cm | Compote ou vinaigre, après parage de 2 cm | Sous 48 h |
| Véreuse | Petit trou bordé de sciure noire | Cuisson après parage, ou poules | Sous 24 h |
| Pourrie sans moisissure | Chair molle et brune, sans duvet | Compost, avec 2 volumes de matière sèche | Sous 3 jours |
| Moisie ou momifiée | Cercles blancs, fruit sec et ridé | Sac fermé, ordures ménagères | Le jour même |
Repères de tri vérifiés en octobre 2026
Ce tableau règle le sort des pommes déjà au sol. La suite explique pourquoi elles tombent, et comment en voir moins l’année prochaine.
Pourquoi vos pommes tombent avant la récolte
La chute de juin, un tri que l’arbre fait tout seul
Fin juin, un pommier adulte lâche une partie de ses petits fruits verts, parfois plus d’un sur deux. Les arboriculteurs appellent ce phénomène naturel la chute de juin.
Il s’agit d’un réglage. L’arbre ajuste sa charge à ce que ses racines et ses feuilles peuvent nourrir.
Une deuxième vague arrive 2 à 3 semaines avant la récolte, en fin d’été. Les fruits les plus mûrs, ou ceux dont la queue est trop courte, se décrochent au premier coup de vent.
Pour limiter cette perte, éclaircissez vous-même après la mi-juin. Gardez 1 fruit par bouquet, en laissant 15 à 20 cm entre deux pommes sur la branche.
Ce travail me prend 40 minutes sur un arbre de 3 m de haut. Les pommes restantes gagnent en calibre et tombent moins en septembre.
Manque d’eau et carences : les deux causes à vérifier
Un pommier qui manque d’eau en juillet sacrifie ses fruits en premier. Les jeunes arbres plantés depuis moins de 3 ans souffrent le plus, faute de racines profondes.
Pendant un été sec, prévoyez un arrosage de 30 litres tous les 10 jours au pied de l’arbre. Versez lentement, sur 15 minutes, pour que l’eau descende à 40 cm au lieu de ruisseler.
Les carences se lisent sur les feuilles et dans la chair. Un jaunissement entre les nervures signale souvent un manque de magnésium, et des bords bruns et secs un déficit en potasse.
Des taches liégeuses de 2 à 3 mm sous la peau trahissent un manque de calcium. La cause est souvent un arrosage irrégulier pendant les fortes chaleurs, plus qu’un sol pauvre.
Ramasser les fruits tombés sous 3 jours, et pourquoi c’est urgent
Par temps doux, une pomme au sol commence à fermenter en 48 heures. Passé ce délai, elle devient un relais pour les maladies, les insectes et les rongeurs.
Couper la route à la moniliose et aux champignons
La moniliose est la première cause de pommes pourries au verger. Ce champignon entre par une blessure, puis dessine sur la peau des cercles de pustules blanches très reconnaissables.
Sans intervention, il peut détruire 70 à 80 % d’une récolte en 2 semaines. Les fruits atteints sèchent ensuite en momies brunes, au sol ou dans les branches, où le champignon passe l’hiver.
Au printemps, ses spores s’envolent vers les fleurs et les nouvelles feuilles. Retirez donc aussi les momies accrochées dans l’arbre, jusqu’à 2,5 m avec un échenilloir.
Une pomme oubliée sous l’arbre en octobre, c’est une fleur contaminée en avril.
La tavelure suit le même chemin, mais par les feuilles mortes. Ratissez-les sur un rayon de 3 m autour du tronc avant les premières gelées.
Priver le carpocapse et les guêpes de leur garde-manger
Une pomme percée d’un petit trou bordé de sciure noire abrite une larve de carpocapse, le fameux ver de la pomme. Quand le fruit tombe, la chenille en sort pour hiverner dans le sol ou sous l’écorce.
Ramasser les pommes véreuses dans les 24 heures casse ce cycle. Dès juin, ajoutez une bande de carton ondulé de 10 cm de large autour du tronc, à 20 cm du sol.
Les larves s’y réfugient pour se nymphoser. Secouez la bande au-dessus d’un seau tous les 15 jours, plutôt que de la brûler, pour épargner les insectes utiles cachés avec elles.
Les fruits tombés attirent aussi guêpes, mouches, limaces, campagnols et rats en recherche de sucre. Sur une pelouse, un tas oublié 10 jours laisse une plaque jaunie d’environ 30 cm.
Voici ma routine, rodée sur 4 pommiers de plein vent. Parmi tous les articles de jardinerie testés, le ramasse-fruits à panier est le seul que je rachèterais sans hésiter.
45 min
- Passer le ramasse-fruitsBalayez le sol en cercles, du tronc jusqu'à 3 m. Le panier grillagé prend une dizaine de pommes par passage sans que vous ayez à vous baisser.15 min · seul
- Trier en trois seauxSéparez les fruits sains, les fruits abîmés et les fruits moisis. Faites ce tri à 1 m de l'arbre pour ne transporter que ce qui sert.15 min · seul
- Ensacher les fruits maladesGlissez les pommes moisies et les momies dans un sac fermé. Déposez-le avec les ordures ménagères le jour même.5 min · seul · 0,20 €
- Ratisser les feuillesPassez le râteau sur 3 m autour du tronc. Les feuilles tachées rejoignent le sac, les saines partent au paillage.10 min · seul
Cuisiner les pommes abîmées sans prendre de risque
Compotes, tartes et jus : ce qui passe en cuisine
Une pomme tombée la veille, simplement meurtrie, reste parfaite pour la cuisine. Retirez la partie brune avec 2 cm de marge, car la moisissure gagne la chair au-delà de la tache visible.
La raison s’appelle la patuline. Cette toxine produite par certaines moisissures résiste à une cuisson à 100 °C, d’où l’intérêt de parer chaque fruit avec soin.
Au-delà d’un quart du fruit touché, ne cherchez pas à le sauver. Il peut aller directement au compost.
Pour une compote, comptez 1 kg de pommes parées, 10 cl d’eau et 20 minutes à feu doux. Avec des Boskoop ramassées en octobre, je n’ajoute aucun sucre, leur acidité suffit.
Une tarte demande 4 à 5 pommes, une bonne façon d’écouler les petits calibres. Les fruits les plus fermes tiennent mieux à la cuisson en lamelles de 3 mm.
Le jus est plus exigeant. Réservez-le aux fruits ramassés depuis moins de 24 heures, sans aucune tache, à boire sous 3 jours ou à congeler.
Vinaigre et cidre maison avec les fruits déclassés
Le vinaigre reste la meilleure issue pour les pommes trop marquées. Mélangez 500 g de morceaux parés, 1 litre d’eau et 50 g de sucre dans un bocal rempli aux trois quarts, couvert d’un linge.
Laissez 15 jours à 20 °C en remuant tous les 2 jours, puis filtrez le liquide. Mis en bouteille sous un tissu, il s’acidifie en 3 semaines.
Le cidre demande du matériel. J’ai payé 90 € un pressoir de 12 litres, à compléter par un broyeur, car les pommes se pressent écrasées. Avec 20 kg de fruits, je tire environ 13 litres de jus.
Pour 2 à 4 pommiers, sur une saison
Pour un jardin de 2 ou 3 pommiers, le scénario du milieu suffit. Le pressoir se rentabilise dès la deuxième saison si vous buvez 1 litre de jus par semaine.
Recycler les pommes au jardin plutôt que de les jeter
Composter sans attirer les rats ni la moniliose
Les pommes pourries sans moisissure donnent un compost riche. Gorgées d’eau et de sucre, elles réclament un équilibre strict, 1 seau de fruits pour 2 seaux de feuilles mortes, de broyat ou de carton brun.
Coupez-les en quatre et enfouissez le contenu du seau à 20 cm sous la surface du tas. Cette précaution limite les mouches et décourage les rats, qui sentent le sucre de loin.
Un composteur fermé de 400 litres, d’environ 80 cm de côté, coûte autour de 80 € dans le commerce. En France, beaucoup de collectivités le proposent entre 10 et 20 €, et j’ai récupéré le mien pour 20 €.
Ma deuxième année, j'ai vidé 2 seaux de pommes couvertes de cercles blancs dans mon composteur, qui n'a jamais dépassé 40 °C. Au printemps suivant, 3 de mes 4 pommiers avaient des bouquets de fleurs grillés par la moniliose. Les fruits moisis vont au sac poubelle, sauf si votre tas tient au-dessus de 60 °C plusieurs jours.
Ce compost mûr nourrit ensuite le potager. Je l’étale sur les planches de légumes gourmands, comme les courges, à raison de 3 kg par m².
Pas d’espace pour un bac ? Un lombricomposteur de 30 litres tient sur un balcon et accepte 2 ou 3 pommes par semaine, coupées en petits dés.
Nourrir les oiseaux, les poules et les autres animaux
Merles, grives et étourneaux adorent les pommes en hiver. Posez 3 ou 4 fruits sains coupés en deux sur un muret, à 5 m au moins des arbres fruitiers, pour éloigner les guêpes de la ramure.
Ce coin d’accueil, près d’un carré d’herbes hautes, profite à toute la nature du jardin. Les hérissons y trouvent aussi les limaces et insectes attirés par les fruits.
Les poules raffolent des pommes véreuses, larve comprise. Donnez une pomme coupée pour 2 ou 3 poules par jour, pas plus, car l’excès de fruits ramollit leurs fientes.
Pour les chevaux et les chèvres, faites attention aux fruits fermentés, qui peuvent provoquer des coliques. Coupez en quartiers et limitez à 2 pommes par jour et par animal.
Entretenir le verger pour moins de fruits au sol l’an prochain
Pailler et fertiliser le sol autour des pommiers
Un sol couvert garde son humidité et nourrit la vie qui décompose les feuilles. Étalez un paillage de 5 à 7 cm sur toute la zone couverte par la ramure, en laissant 10 cm libres autour du tronc.
Fin novembre, apportez 2 à 3 kg de compost mûr par m² sur le cercle de plantation, puis recouvrez de paillis. Cet engrais organique se libère lentement, au rythme des pluies d’hiver.
Au printemps, un engrais liquide relance la croissance de la plante. Diluez 1 litre de purin de consoude dans 10 litres d’eau, en avril puis en mai.
Ces préparations maison, riches en potasse, favorisent la mise à fruit. Évitez les engrais trop azotés, qui donnent des pousses tendres appréciées des pucerons et des parasites.
Le même purin sert au potager, sur les tomates et les légumes fruits, à la même dilution de 10 %. Une seule cuve de 20 litres couvre mes besoins de jardinage pour la saison.
Le calendrier mois par mois d’un verger durable
Un verger sain repose sur des gestes simples répartis sur 12 mois. Voici le rythme que je suis depuis 15 ans dans mes jardins.
- Janvier et février, taille d’hiver et retrait des momies dans les branches
- Avril et mai, engrais à la consoude, 2 fois à 3 semaines d’écart
- Juin, éclaircissage après la chute naturelle et pose des bandes de carton
- Juillet et août, 30 litres d’eau tous les 10 jours si la chaleur dure
- Septembre et octobre, ramassage tous les 2 à 3 jours et ratissage
- Novembre, compost au pied et paillage avant l’hiver
Les derniers fruits de l’automne demandent autant d’attention que les premiers. Ces derniers ramassages, souvent bâclés, nourrissent la moniliose du prochain printemps.
« Depuis que je ramasse tous les 3 jours, je jette deux fois moins de pommes et je n'ai plus perdu un arbre à la moniliose. »Étienne, quinze automnes plus tard
La base reste la même pour tout arbre fruitier du jardin, poirier comme prunier. Un seau, un râteau et 45 minutes par semaine en automne font plus que n’importe quel traitement.
Vos questions
Peut-on manger une pomme tombée au sol ?
Faut-il mettre les pommes pourries au compost ?
Pourquoi mon pommier perd ses pommes avant maturité ?
Comment ramasser les pommes sans se baisser ?
Étienne
Après une formation en paysagisme et plusieurs années passées à travailler sur des projets d’aménagement extérieur, j’ai développé une véritable passion pour les jardins et la manière dont ils peuvent transformer un lieu. J’aime particulièrement imaginer des espaces où les plantes, les matériaux et les volumes trouvent naturellement leur équilibre. À travers Divin Jardin, je partage mon expérience, mes découvertes et mes conseils pour aider chacun à mieux comprendre son jardin, choisir les bonnes plantes et créer un extérieur agréable au fil des saisons. Ce qui me motive avant tout : transmettre une approche simple et accessible du paysagisme, tout en respectant la nature et les particularités de chaque espace.




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